Un gendre idéal qui sent des pieds
| Ph. Jérome Ferru | Antoine Bertrandy raconte son chemin. Jusque là rien d'exceptionnel. Mais il a une façon de tout raconter (des odeurs corporelles à l'élévation de soi), et avec sincérité.
Son humour est le meilleur qui soit, nourri d'auto-dérision. Ses dialogues sont truculents.
Malgré les apparences du texte, il a moins de mépris pour les autres pèlerins que l'ex-ambassadeur. Il n'a pas peur de se mêler à eux, lui. |
Sa seule erreur, c'est de ne s'être donné qu'une année pour marcher, et de n'être parti que des Pyrénées. Il nous prive de ce qu'il aurait pu nous dire sur son chemin en France. Ah, s'il était parti de Paris !
Sa définition du camino ? « un élan de joie, une invitation à faire et à aimer ».
Parmi les rencontres, il y a Henri, ce jeune type «avec une tête de premier de la classe et l'allure de celui qui sort tout droit des pages du Figaro Madame» La description est savoureuse : cannes de serin, polo de rugby, forme éclatante, conversation, suffisance.
Extrait page 94 :
«Plusieurs autres marcheurs s'arrêtent devant moi. Tous entourent Henri qui jubile de susciter autant d'intérêt et de pouvoir briller de mille feux. Il s'exprime en effet dans à peu près toutes les langues, mais ne parle que de lui. C'est un enfant qui se voit plus grand qu'il n'est. Il a un mot pour les uns en anglais, pour d'autres en espagnol ou en allemand, se fait l'interprète des uns et des autres et le traducteur de sa propre parole. Je ne devrais pas prêter plus d'attention que cela à ce blanc-bec plein de morgue, pourtant il me court sur le système. Cet énervement est suspect et je m'interroge sur les raisons de mon irritation. En fait, il me rappelle péniblement quelqu'un : moi, à son âge. Un subtil mélange de peigne-cul et de gendre idéal.»
La suite prend un tour inattendu et tu pourras la lire en te procurant
Vers Compostelle, Drôles de rencontres, éditions Transboréal, 327 pages, 11,90 €, chez les bons libraires.
Remerciements à Anne Robbes
















